Stratégie IA : l'écosystème mobilisé pour la feuille de route québécoise
Le MEIE et le Conseil de l'innovation du Québec mobilisent une centaine d'acteurs pour tracer la voie d'une IA québécoise responsable qui transformera notre excellence scientifique en retombées économiques durables, privilégiant les solutions développées ici.
IA Québec est une initiative du Conseil de l'innovation du Québec qui vise à mettre en valeur l'écosystème de l'intelligence artificielle québécois, favoriser la découvrabilité des entreprises locales et encourager l'adoption de l'IA dans les organisations québécoises. Le Conseil de l'innovation du Québec a pour mission de promouvoir et de soutenir l'innovation au sein des entreprises et de la société québécoise.

Publié le 10 nov. 2025 Lecture 9 min.
Une vaste consultation stratégique réunit l’écosystème pour définir la future feuille de route technologique
Durant l’été, le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) a réuni un large éventail d’acteurs de l’écosystème québécois de l’intelligence artificielle. Chercheurs, entrepreneurs, représentants de PME et organismes à but non lucratif ont été invités à contribuer à une réflexion d’envergure : comment transformer l’excellence scientifique du Québec en valeur économique et sociale durable?
IA Québec, une initiative placée sous la direction du Conseil de l’innovation du Québec, a pris part à cette consultation stratégique visant à définir une feuille de route pour l’industrialisation de l’intelligence artificielle (IA) au Québec. L’exercice s’inscrit dans une volonté gouvernementale d'utiliser ce levier technologique pour le développement économique.
Les économies avancées ne parlent plus seulement de recherche en IA, mais de mise en production, d’intégration dans les chaînes de valeur et de création de retombées économiques concrètes. Le Québec, reconnu pour sa recherche et son talent, doit maintenant transformer ses atouts scientifiques en capacités industrielles. Une stratégie d’industrialisation permettrait de passer de « l’IA de laboratoire » à « l’IA d’usine et de service ».
Un exercice collectif pour façonner l’avenir technologique du Québec
La consultation, menée par l’équipe de la Direction générale de la science et des partenariats du MEIE, sous la direction de Marco Blouin, a été coordonnée par Daria Riabinina, directrice de la Direction de la recherche collaborative, et pilotée et animée par Philippe Duguay, adjoint exécutif et expert-coordonnateur en intelligence artificielle.
Cette mobilisation a été double : d’une part, intergouvernementale, grâce à une collaboration étroite entre le MEIE, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique et d’autres partenaires publics; d’autre part, ouverte sur l’écosystème québécois de l’IA, réunissant plus d’une centaine de représentants issus de grandes entreprises, d’universités, de startups, de PME et d’organismes communautaires.
La rigueur analytique et la compréhension fine des dynamiques de l’écosystème dont a fait preuve Philippe Duguay ont contribué à des échanges structurés et convergents, soutenus par le rôle fédérateur du Conseil de l’innovation du Québec, qui a permis une participation élargie et cohérente de l’ensemble des parties prenantes.
Cette approche conjointe a permis de dresser un portrait complet et nuancé des forces, des besoins et des leviers d’action du Québec en matière d’intelligence artificielle, posant ainsi les bases d’une vision partagée pour la prochaine phase de son industrialisation.
Selon Luc Sirois, innovateur en chef du Québec et directeur du Conseil de l’innovation, cette démarche constitue « une étape essentielle pour passer d’une culture de recherche à une culture d’impact ». Il précise que « le Québec possède déjà un leadership scientifique reconnu mondialement ; le défi est maintenant de convertir cette expertise en innovations accessibles et utiles à la société ».
Anne Nguyen, directrice responsable de l’intelligence artificielle au Conseil, ajoute que « l’industrialisation de l’IA repose sur un continuum économique fort, où la recherche alimente l’innovation, l’innovation alimente la production, et la production, à son tour, nourrit la compétitivité. Ce dialogue entre les milieux scientifiques, entrepreneuriaux et gouvernementaux est la clé pour transformer le potentiel québécois en impact durable. ».
Cette approche collaborative témoigne de la maturité de l’écosystème québécois : les participants n’ont pas seulement partagé leur propre expérience, mais aussi celle de leurs membres et partenaires. Le processus a ainsi permis de dégager des recommandations à la fois ancrées dans la réalité du terrain et représentatives de l’ensemble du milieu.
De la recherche à l’industrialisation : transformer la science en impact économique
Parmi les thèmes abordés, la question du transfert entre recherche et industrialisation s’est imposée comme un enjeu central. Le Québec compte plusieurs pôles d’excellence en apprentissage profond, en vision par ordinateur et en traitement du langage naturel, mais les mécanismes de transfert vers les entreprises demeurent perfectibles.
Les discussions ont mis en évidence plusieurs leviers d’action : la mise en place d’infrastructures de test et de validation accessibles, le financement patient pour les innovations de type deeptech, et la création de passerelles plus efficaces entre les laboratoires universitaires et les entreprises.
Cependant, plusieurs acteurs ont souligné un manque criant au stade d'amorçage (pre-seed), où de nombreuses jeunes pousses peinent à obtenir le capital initial nécessaire pour amorcer leurs activités. Cette fragilité limite souvent leur capacité à traverser les premières étapes de commercialisation. L’écosystème gagnerait aussi à favoriser davantage les exits d’entrepreneurs expérimentés, susceptibles de revenir comme investisseurs locaux et de réinjecter leurs acquis — financiers et humains — dans le tissu entrepreneurial québécois.
Vers une certification québécoise en IA responsable
Une autre proposition phare émerge de la consultation : la création d’une certification québécoise en intelligence artificielle responsable. Inspirée des valeurs locales de transparence et d’inclusion, cette certification viserait à encadrer les pratiques éthiques des entreprises tout en renforçant la confiance du public et des partenaires internationaux.
Les participants ont souligné qu’un tel sceau de qualité pourrait ouvrir plus facilement l’accès aux marchés publics, souvent difficiles d’entrée pour les plus petites organisations, tout en rassurant ces mêmes entreprises quant aux standards et exigences à respecter.
À l’image du sirop d’érable qui porte fièrement la mention « Produit du Québec », cette certification mettrait en valeur le savoir-faire d’ici tout en consolidant la réputation du Québec comme modèle d’excellence responsable.
Des applications concrètes dans les secteurs clés de l’économie
Les travaux de la consultation ont également permis d’identifier des applications sectorielles prometteuses de l’intelligence artificielle, couvrant l’ensemble des domaines économiques du Québec.
Agriculture et agroalimentaire : l’analyse prédictive et la vision par ordinateur peuvent aider à optimiser les rendements tout en préservant les ressources naturelles.
Santé : l’IA permet déjà d’améliorer la précision des diagnostics et la personnalisation des traitements.
Manufacturier : les solutions d’automatisation et de robotique contribuent à accroître la productivité et à pallier la rareté de main-d’œuvre.
PME : l’accès à des outils d’intelligence artificielle plus simples et abordables est perçu comme un facteur clé de compétitivité et d’inclusion numérique.
Ces initiatives s’inscrivent dans la nouvelle typologie de projets d’IA Québec, qui vise à mieux représenter la diversité des usages et des retombées concrètes de l’intelligence artificielle dans l’écosystème québécois.
Les enjeux transversaux : talents, données, cybersécurité et souveraineté
Plusieurs défis de fond ont été identifiés comme déterminants pour l’avenir du Québec en matière d’intelligence artificielle :
Formation et rétention des talents, dans un contexte de compétition mondiale accrue.
Interopérabilité et gouvernance des données, pour permettre un partage sécuritaire et équitable entre organisations.
Cybersécurité, considérée comme un pilier essentiel d’une économie numérique de confiance.
Souveraineté technologique, à envisager comme un enjeu stratégique à long terme pour la province.
Sur ce dernier point, les intervenants s’entendent : il faut encourager l’adoption et l’achat de solutions développées au Québec. Acheter ici, c’est aussi investir dans la stabilité de notre propre écosystème. En favorisant les solutions locales, les organisations contribuent à réduire la dépendance des jeunes pousses à l’égard de financements externes, souvent difficiles à obtenir ou à maintenir. Ce réflexe d’achat local agit donc comme un stabilisateur économique, renforçant la capacité des entreprises québécoises à croître de manière autonome et durable.
Le Québec dans la dynamique mondiale de l’IA
À l’échelle internationale, plusieurs pays ont déjà pris des virages décisifs. La Finlande, par exemple, a misé sur la formation massive de sa population à l’intelligence artificielle, tandis que la France a déployé un plan d’investissement public ambitieux pour soutenir une innovation éthique et souveraine.
Le Québec, lui, se distingue par une approche équilibrée : allier ambition technologique et responsabilité sociale. Son écosystème, reconnu pour la qualité de sa recherche et la collaboration entre ses acteurs, lui confère une position enviable sur l’échiquier mondial.
Toutefois, comme le rappelle Anne Nguyen, « pour maintenir ce leadership, il faut des investissements partagés et une vision commune entre la recherche, l’industrie et l’État.».
Une feuille de route attendue pour un Québec innovant et inclusif
Une approche de soutien à l’écosystème renouvelée est attendue prochainement; elle devrait définir les priorités et les moyens d’action pour les prochaines années. Parmi les attentes : un appui accru à la recherche appliquée, des programmes favorisant l’adoption de l’IA par les PME, et un cadre de gouvernance qui assure la transparence et la confiance du public.
Cette démarche illustre un changement d’approche : le gouvernement souhaite bâtir avec l’écosystème plutôt que pour lui. Les participants saluent cette ouverture, perçue comme un signe de maturité collective.
Philip Oligny, chargé de programme en intelligence artificielle, souligne pour sa part la qualité de l’exercice et la richesse des échanges :
« J’ai été sincèrement impressionné par l’ouverture et la franchise des participants. Le gouvernement a su créer un espace de dialogue constructif, et je suis heureux de voir que cet exercice contribue à faire avancer notre écosystème vers une véritable communauté. Cette consultation a aussi révélé à quel point l’écosystème de l’IA est sensible aux complexités de cette technologie, et consciente de la responsabilité qui vient avec son développement. »
Un engagement à long terme avec la communauté
Au terme de la consultation, IA Québec — sous la direction du Conseil de l’innovation du Québec — et ses partenaires réaffirment leur volonté de maintenir le dialogue avec l’ensemble de la communauté. L’objectif est de poursuivre la réflexion et d’assurer une représentation continue des différents acteurs : chercheurs, entreprises, citoyens et décideurs publics.
Conclusion : une vision humaniste de l’intelligence artificielle
La consultation estivale marque un jalon important dans la construction d’une stratégie d’IA à l’image du Québec : innovante, inclusive et ancrée dans ses valeurs.
En misant sur la collaboration, la confiance et la valorisation des talents locaux, la province se dote des moyens de développer une intelligence artificielle au service de l’humain et du bien commun.
Pour un Québec qui regarde d’abord ici avant de regarder ailleurs, et pour une IA qui nous ressemble.
Un écosystème mobilisé
Chercheurs, entrepreneurs, responsables gouvernementaux et représentants communautaires ont pris part à cette réflexion sur l’avenir technologique du Québec.
Si plusieurs participants ont accepté que leur contribution soit citée publiquement, d’autres ont choisi la discrétion, souhaitant que leurs interventions servent avant tout à nourrir la réflexion collective.
La liste qui suit témoigne de la richesse et de la diversité de l’écosystème mobilisé autour de cette consultation.

