De la recherche à l’adoption : le prochain défi de l’intelligence artificielle au Québec et au Canada
Le gouvernement du Canada a révélé cette semaine sa nouvelle stratégie en matière d’intelligence artificielle, L’IA pour tous. Après un dévoilement à Toronto la veille, le lancement public officiel s’est déroulé dans les bureaux du Mila, à Montréal. Ambitieuse, cette stratégie propose des mesures très attendues pour instaurer la confiance, générer des opportunités et renforcer notre souveraineté numérique.
Publié hier à 17h58 Lecture 5 min.
Lancement de la stratégie canadienne en IA au Mila
Déjà en 2024, l'écosystème québécois et le Conseil de l'innovation du Québec exposaient, dans le rapport Prêt pour l’IA, l’importance de baliser le développement de cette technologie afin de renforcer la confiance du public et d’en assurer un usage éthique et responsable. Cet impératif est à l’avant-plan de la nouvelle stratégie canadienne. À celui-ci s'en ajoute un nouveau : stimuler l’adoption de l’IA à l’échelle du pays. Nos entreprises et institutions doivent accélérer la cadence pour rattraper le retard sur les autres pays de l’OCDE.
Le Canada a contribué à inventer l’intelligence artificielle moderne. Le Québec en est l’un des principaux artisans. Comme l’a exprimé le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, ce n’est pas un hasard si le lancement de la stratégie canadienne en IA s’est déroulé depuis les bureaux du Mila, dont l’expertise est reconnue mondialement.
Depuis plus d’une décennie, Montréal s’est imposée comme l’une des capitales mondiales de l’IA grâce aux travaux de chercheurs de renommée internationale, à la présence d’instituts de recherche de calibre mondial et à un écosystème entrepreneurial reconnu bien au-delà de nos frontières.
Or, nous faisons face à une réalité incontournable : le défi n’est plus seulement de développer l’IA. Il est désormais de l’adopter.
Cette nuance est fondamentale.
Afin de créer des possibilités, nous comptons aider les petites et moyennes entreprises à adopter l’IA de manière à soutenir les travailleurs, à accroître la productivité et à stimuler la réalisation de percées dans des secteurs tels que la santé, l’énergie, les transports, l’agriculture, la fabrication, la robotique et les services gouvernementaux.
Pendant plusieurs années, des efforts considérables ont été déployés sur la recherche, le développement des talents et la création d’un écosystème d’excellence. Cette approche a porté ses fruits. C’est ce qui a permis au Québec et au Canada de faire leur place dans le cercle des leaders mondiaux de la recherche en intelligence artificielle.
Mais dans un contexte où les États-Unis, l’Europe et plusieurs pays asiatiques investissent massivement pour intégrer l’IA dans leur économie, le principal enjeu devient celui du déploiement. Comment faire en sorte que davantage d’entreprises utilisent l’IA, de façon responsable et avec confiance, pour améliorer leur productivité, accélérer leur croissance et accroître leur compétitivité?
La stratégie fédérale viendra appuyer les efforts du Québec dans cette voie.
Membre du groupe de travail ayant contribué à la réflexion, Olivier Blais était responsable de la verticale de l’adoption de l’IA au sein des entreprises. En octobre dernier, il a fait des entrevues avec une centaine d’entreprises, de centres de recherche et des grands fournisseurs de services pour formuler des recommandations très précises.
Une grande partie de nos recommandations se retrouvent dans la stratégie canadienne. Notamment l’importance accordée au maintien de l’équilibre entre réguler suffisamment pour rétablir la confiance du public, sans être trop contraignant. Cette stratégie crée un terrain fertile pour que les entreprises puissent mieux adopter l’intelligence artificielle.
Un paradoxe québécois
Les données de la Grande Enquête sur l’innovation en entreprise 2026 révèlent un paradoxe particulièrement frappant.
Malgré son leadership mondial en intelligence artificielle, le Québec est une des provinces canadiennes où le taux d’adoption de l’IA par les entreprises est le plus bas.
Seulement 46 % des entreprises innovantes québécoises déclarent avoir adopté l’intelligence artificielle dans leurs activités. À titre comparatif, cette proportion atteint 54 % en Ontario, 52 % en Alberta et 57 % en Colombie-Britannique.
Ce constat devrait nous interpeller.
Le Québec dispose pourtant d’atouts exceptionnels : des centres de recherche reconnus mondialement, des entreprises technologiques innovantes, une expertise unique en IA responsable et une concentration remarquable de talents.
Notre défi n’est donc pas de créer un écosystème. Il existe déjà.
Notre défi est d’accélérer l’adoption.
Une des barrières à l’adoption de l’IA aujourd’hui est le manque de connaissances dans ce qu’elle est vraiment. L’évolution rapide de la technologie génère beaucoup de craintes et d’incertitudes. Le volet littératie de la stratégie est très important. Il vise à redonner confiance aux chefs d’entreprises et à la population en général envers l’IA et à encadrer son usage afin de bénéficier des opportunités qu’elle offre, tout en mettant en place des structures permettant de gérer les risques liés à son développement.
L’adoption de l’IA : un enjeu de compétitivité
Les auteurs de la Stratégie canadienne d’intelligence artificielle sont sans équivoque et vont dans le même sens que les données révélées par la Grande Enquête 2026. Le Canada demeure un chef de file mondial de la recherche, mais accuse un retard important en matière d’adoption.
Aujourd’hui, seulement 12 % des entreprises canadiennes utilisent l’IA pour produire des biens ou des services. Chez les PME, cette proportion tombe à environ 8 %. À titre de comparaison, les taux d’adoption observés dans certains pays nordiques varient entre 29% et 42 %.
Ainsi, le potentiel économique de l’IA demeure largement sous-exploité.
Or, les données de la Grande Enquête démontrent que l’innovation génère des retombées économiques concrètes.
Plus intéressant encore, l’enquête identifie l’adoption de nouvelles technologies, dont l’IA, comme l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer la productivité des organisations.
Autrement dit, l’intelligence artificielle n’est plus seulement un sujet technologique. Elle devient un enjeu de performance économique.
Une occasion à saisir
La nouvelle stratégie canadienne en IA représente une occasion importante pour le Québec.
Les efforts pour instaurer la confiance, les investissements annoncés dans la formation, la littératie en IA, le développement des compétences et l’adoption technologique responsable font écho aux besoins exprimés par les entreprises lors de l’événement PIVOT 2026.
Ils offrent à notre écosystème l’occasion de renforcer son positionnement distinctif : celui d’un chef de file mondial de l’intelligence artificielle responsable, capable non seulement de développer les technologies de demain, mais aussi de les commercialiser et d’en maximiser les bénéfices pour l’ensemble de la société.
Passer à l’action
Le succès de la nouvelle stratégie canadienne se mesurera à la capacité des entreprises à utiliser l’intelligence artificielle de façon responsable pour créer de la valeur.
C’est précisément là que des initiatives comme la Brigade IA, la Vitrine IA Québec et la formation offerte au réseau de plus de 800 conseillères et conseillers en innovation prennent toute leur importance.
Le Québec possède déjà les talents, l’expertise et les infrastructures nécessaires pour jouer un rôle de premier plan dans l’économie de l’IA.
La prochaine étape consiste maintenant à transformer ce leadership scientifique en avantage économique durable.
Et cette transformation commence par l’adoption.


