Bootcamp Intelligence A+H : quand l'intelligence humaine guide l'intelligence artificielle
Plus de 240 professionnelles et professionnels de la conception et de l'accompagnement pédagogiques se sont réunis à l'Université Laval pour une expérience intensive inédite : apprendre à comprendre, questionner, encadrer et mobiliser l'intelligence artificielle avec jugement. Une initiative qui illustre concrètement la complémentarité entre IA et intelligence humaine.
Publié le 3 mars Lecture 5 min.
Une initiative centrée sur un métier essentiel
Initié, conçu et mené par Nadia Naffi, professeure agrégée en technologie éducative à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, le Bootcamp Intelligence A+H s'adresse à un public central mais souvent peu visible : les conceptrices et concepteurs pédagogiques, les conseillères et conseillers pédagogiques, ainsi que les professionnels œuvrant en design de formation, en technologie de la performance humaine et en accompagnement du changement.
Ces équipes sont présentes partout dans l'écosystème québécois : en enseignement supérieur, dans les hôpitaux, les ministères, les entreprises et le milieu communautaire. Leur quotidien est fait de complexité : former rapidement des équipes à de nouveaux outils, revoir des programmes, soutenir des organisations sous pression, et composer avec les enjeux croissants du numérique, de l'IA, de la cybersécurité et de la désinformation.
Le Bootcamp comble un vide réel : offrir à ces professionnels le temps, l'espace et le cadre intensif pour développer leurs propres compétences face à l'IA.
Le sens derrière le nom : A pour artificielle, H pour humaine
Le nom du Bootcamp pose une posture claire. L'enjeu n'est pas de mettre l'intelligence artificielle en opposition avec l'humain, mais de cultiver leur articulation. Il s'agit de développer la capacité technologique, certes, mais surtout de renforcer l'intelligence humaine qui doit la guider : jugement, éthique, pensée critique, capacité d'anticiper et d'agir.
Cette vision rejoint directement les principes de l'IA responsable promus par l'écosystème québécois, notamment la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'IA : équité, transparence, participation démocratique et bénéfice pour la société.
Un design pédagogique structuré en trois journées
L'édition a été conçue comme une progression andragogique, structurée autour d'une projection en 2031. Se projeter dans le futur proche sert ici de méthode : rendre visibles les angles morts du présent, clarifier les priorités et transformer l'urgence en capacité d'anticipation.
Jour 1 — Agir, puis ancrer la pensée critique
La première journée plonge dans le concret : ateliers, usages, outils, expérimentations pratiques. Elle se conclut délibérément avec un moment réflexif porté par l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'IA et du numérique (OBVIA). Ce choix est structurant : aucune adoption technologique responsable n'est possible sans dimension critique. Pouvoir, asymétries, désinformation, responsabilité — la pensée critique est présentée comme non négociable.
Jour 2 — Ouvrir l'imaginaire avec l'Institut intelligence et données
Après avoir ancré la lucidité critique, la deuxième journée ouvre l'imaginaire en collaboration avec l'Institut intelligence et données (IID) : scénarios prospectifs, transformations organisationnelles, opportunités et futurs souhaitables. Ce passage est intentionnel — on ne se projette pas sans esprit critique, et on ne reste pas dans la critique sans capacité d'innovation.
La journée croise délibérément les disciplines et les perspectives : santé, design, IA, administration, communication. Les panels et ateliers cherchent autant à élargir qu'à challenger, favorisant une déstabilisation constructive qui fait sortir les participants de leurs bulles professionnelles.
Jour 3 — Sprint 2031 : du diagnostic à la décision
La troisième journée mobilise les apprentissages des deux premiers jours pour les transformer en décisions et leviers d'action concrets, en collaboration avec l’Académie de la transformation numérique (ATN). Le Sprint 2031 met les équipes au travail sur des défis réels : on prototype, on teste, on structure des pistes. Les participants repartent avec des orientations applicables dans leurs milieux, et non avec des idées abstraites.
Un dispositif orienté participation active
Chaque journée débute par des activités dites « lève-tôt », intégrées volontairement au design pour sortir du mode spectateur dès le matin, activer l'énergie du groupe et installer un état d'esprit orienté vers l'action. La participation n'est pas une option — c'est le moteur de l'apprentissage.
Le Bootcamp repose également sur une « brigade » : non pas une équipe d'aide logistique, mais une unité stratégique aux rôles distribués et aux expertises complémentaires. Sa mission est de protéger le rythme, absorber les imprévus et veiller à la qualité de l'expérience humaine, minute par minute. La diversité des intervenants et des panélistes n'est pas décorative — elle est fonctionnelle et permet l'intelligence collective en action.
Participation et représentation de l'écosystème
Le Bootcamp a réuni 243 inscriptions représentant une diversité d'organisations :
Universités et grandes écoles : 39
Réseaux, associations et organismes : 16
Entreprises : 11
Unités universitaires et services : 8
Cégeps et collèges : 8
Santé et services sociaux : 5
Gouvernement et organismes publics : 2
Institutions publiques et culturelles : 1
Médias : 1
Organismes événementiels et culturels : 1
Un écosystème de soutien mobilisé
Le Bootcamp bénéficie du soutien du chantier « Études tout au long de la vie » de la planification stratégique de l'Université Laval, du Vice-rectorat aux études et aux affaires étudiantes, et constitue une activité phare de l'Année de la littératie de l'Université Laval.
Partenaires
Faculté des sciences de l’éducation de l'Université Laval
Service de soutien à l'enseignement de l'Université Laval
Bibliothèque de l'Université Laval
Académie de la transformation numérique (ATN)
Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'IA et du numérique (OBVIA)
École de l'intelligence artificielle du CHUM
Institut intelligence et données (IID)
Apprentiss — Faculté de médecine, Université Laval
Laboratoire d'intelligence artificielle en éducation (LAVIA)
GRIIPTIC, CRIEVAT, CRIRES, LUNEPS
Pertinence pour l'écosystème IA québécois
Le Bootcamp Intelligence A+H illustre une dimension complémentaire aux projets centrés sur la technologie : la capacitation. Il ne s'agit pas de sensibiliser, mais de renforcer l'agentivité des professionnels — former des réflexes, des critères de jugement, des cadres de décision. Créer les conditions d'un passage réel de la réaction à la proactivité.
En 2031, l'enjeu ne sera pas seulement d'avoir des technologies puissantes. L'enjeu sera d'avoir des personnes et des organisations capables de les guider avec intelligence humaine. Cette initiative contribue directement à construire cet avenir.




